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    TRADUCTION INTEGRALE A PARAITRE

 

IVAN VIRIPAEV

DREAMWORKS

traduction Tania Moguilevskaia, Gilles Morel



Extrait du texte

Scène 1

Appartement de Devid. Dans la pièce, Devid et Meryl.


MERYL. – Devid, Tu es là, Devid,
DEVID. – Oui, Meryl. Je t'écoute.
MERYL. – Je voudrais parler avec toi. C'est très important. Je peux ?
DEVID. – Mais bien sûr, Meryl. Qu'est-ce qui s'est passé ?
MERYL. – J'ai peur.
DEVID. – Et de quoi tu as peur ?
MERYL. – De la mort. De ta mort, Devid.
DEVID. – De ma mort ? Hum. Étrange. Pourtant, je ne semble pas être en train de mourir, Meryl.
MERYL. – Mais tu peux mourir. Chacun de nous peut mourir à n'importe quelle seconde. Tu peux t'étrangler avec la nourriture à notre dîner d'aujourd'hui et mourir.
DEVID. – Tu me proposes de ne pas dîner aujourd'hui ?
MERYL. – Je suis sérieuse, Devid. Je me sens terrifiée. Je t'aime tant. Je ne peux pas imaginer que tu ne seras plus, qu'un jour je resterai sans toi. Je ne peux pas imaginer le monde sans toi. Ma vie sans toi. Je suis tellement triste, Devid.
DEVID. – Et de pour quelle raison as-tu décidé que ce serait précisément moi qui mourais le premier, Meryl, sachant que nous sommes presque congénères ?
MERYL. – Je suis ravie que tu puisses plaisanter sur ce sujet, mais je ne suis pas d'humeur à plaisanter. Bien sûr, je voudrais mourir la première et j'espère qu'il en sera ainsi, mais je n'en ai pas la certitude absolue. Je me sens terrifiée. Je ne pourrai pas vivre après toi. Vivre sans toi.
DEVID. – Tu mourras la première, ma chérie, calme toi. Je suis certain que je te survivrai. Ne t'inquiète pas.
MERYL. – Pour quelle raison tu me parles de tout ça ? Pourquoi tu me parles avec un ton aussi ironique ?
DEVID. – Je plaisantais, juste.

Pause.

DEVID. – Qu'est-ce qui t'arrive, Meryl ? Qu'est-ce qui te prend ?
MERYL. – Je suis terrifiée à l'idée que tu meures.
DEVID. – Mais je n'en ai pas l'intention.
MERYL. – Mais c'est que tu, n'en sais rien, c'est que tu, ne le contrôles.
DEVID. – Et pour quelle raison penser à tout ça, Meryl ?
MERYL. – Je n'ai pas envie d'y penser. Mais je ne peux pas l'empêcher. Les pensées sur ta mort se faufilent d'elles-même dans ma tête et je suis très triste, Devid. Je suis très, très triste Devid.
DEVID. – Tous les gens meurent, Meryl, et il n'y a rien dans cela d'inhabituel. Dans cela il n'y a rien d'étrange.
MERYL. – Mais cela ne me soulage pas. Tes paroles ne me soulagent pas. Je suis si heureuse avec toi. Tu es toute ma vie, tu es tout mon sens. Je ne peux pas me représenter le monde sans toi.
DEVID. – Moi aussi je t'aime, Meryl. Je suis si heureux ainsi que tu existes.
MERYL. – Cela arrive si rarement dans le monde, que deux personnes, se soient trouvées. Quand se sont rencontrés précisément ceux qui ont été créés l'un pour l'autre. Mais pourquoi ce n'est pas pour toujours, Devid ? Pourquoi pas pour toujours ?
DEVID. – Parce que dans ce monde rien n'existe pour toujours.
MERYL. – Mais pourquoi ?
Pause. Pendant quelque temps ils restent assis en silence.
MERYL. – Je sais que je dis des absurdités. Pardonne-moi, Devid. Je ne sais pas ce qui m'a pris. Je ne sais pas moi-même, pourquoi c'est arrivé. Pardonne-moi de t'avoir inquiété.
DEVID. – Mais qu'est-ce que tu dis, Meryl ? Viens. Je t'aime.
MERYL. – Et moi je t'aime.
DEVID. – Viens, Meryl.

Pause.

DEVID. – Viens, Meryl.

Pause.

DEVID. – Meryl, tu es où ?
MERYL. – Je suis là, Devid.
DEVID. – Pourquoi tu ne viens pas ?
MERYL. – Je suis déjà avec toi, Devid.
DEVID. – Pourquoi tu ne viens pas plus près ? Pourquoi tu ne veux pas que je te serre contre moi ?

Pause.

DEVID. – Meryl ?
MERYL. – Oui, Devid.
DEVID. – Pourquoi tu ne viens pas, Meryl ?
MERYL. – Tu sais pourquoi.
DEVID. – Pourquoi ?
MERYL. – Tu le sais, Devid.
DEVID. – Parce que tu n'es plus parmi les vivants, oui ?
MERYL. – Oui.
DEVID. – Parce que je parle à un fantôme, n'est-ce pas ? MERYL. – Tu ne parles à personne, Devid, tu penses simplement tout cela. Cela se passe dans ton imagination.
DEVID. – Mais tout cela est si net. Comme si j'entendais ta voix. Je te vois. Je parle avec toi. Tu me réponds. C'est toi qui as commencé la conversation avec moi. Tout cela est si net, si réel.
MERYL. – Mais tu sais que c'est irréel, Devid.
DEVID. – Tu n'es plus parmi les vivants, Meryl, n'est-ce pas ?
MERYL. – Bien sûr, tu le sais très bien.
DEVID. – Mais, c'est toi qui a commencé à me parler aujourd'hui.
MERYL. – Personne n'a parlé à personne, Devid, tout cela se passe dans ton imagination.
DEVID. – Tu veux dire que personne maintenant ne parle à personne ? Tu veux dire que je suis assis maintenant en me taisant ? Que maintenant je me tais ?
MERYL. – Oui, Devid, maintenant tu te tais.

Longue pause.

DEVID. – Meryl. Tu es encore là ?
MERYL. – Je suis toujours là quand tu penses à moi.
DEVID. – Je pense toujours à toi. Depuis l'instant de ta mort, je pense toujours à toi.
MERYL. – Je sais. Mais il me semble que ces pensées te fatiguent trop. Il faut que tu arrêtes, de penser à moi autant, tu as besoin de te reposer de moi. Tu as besoin de revenir, dans le monde qui t'entoure, dans le monde réel.
DEVID. – Mais je ne peux pas, Meryl. Quand tu es morte, le monde est mort avec toi.
MERYL. – Tu as besoin d'apprendre à vivre sans moi, Devid. Puisque de toute façon on ne peut rien changer et qu'il est impossible de me faire revenir.
DEVID. – Pourquoi ?
MERYL. – Parce que dans ce monde, rien n'arrive pour toujours.
DEVID. – Pourquoi ?
Pause. Pendant un certain temps ils restent assis et se taisent.
DEVID. – Je sais que je dis des absurdités, pardonne-moi. Je supporte difficilement ton départ, Meryl. Ma vie a perdu tout son sens. Rien ne m'aide. Avec toi j'ai tout perdu. Tout. Tout mon monde.
MERYL. – Tu as besoin de continuer à vivre, Devid. Vivre avec la mémoire de moi. Mais sans moi
. DEVID. – Mais depuis que je t'ai rencontrée, il y a maintenant quinze ans, depuis, je n'ai plus imaginé le monde sans toi. Le monde et toi, c'est une seule et même chose pour moi. Une seule.
MERYL. – Vis avec la mémoire de moi. Mais continue à vivre.
DEVID. – Bien, Meryl. J'essaie.
MERYL. – Tu restes trop souvent seul et tu me parles à haute voix. Tu as besoin de te distraire, de sortir quelque part avec des amis. Appelle Teddy, demande-lui de t'inviter chez lui, vas dans sa maison de campagne. Fumes-y un peu de marihuana, bavarde sur les femmes et le bouddhisme, bois un bon coup et pleure devant eux.
DEVID. – Bien, Meryl. Je vais tenter. Je vais appeler, Teddy.
MERYL. – Et pourquoi ne pas appeler là-maintenant.
DEVID. – Là-maintenant ? A quoi bon ? Je peux le faire demain, là-maintenant, il est probablement, déjà trop tard ?
MERYL. – A quoi bon le reporter ? Là-maintenant, il n'est pas encore tard. Quelle heure est-il ? Regarde ta montre à ton poignet.

Devid regarde sa montre.

DEVID. – Minuit et demie. Il est trop tard.
MERYL. – Pour Teddy ? Arrête, tu sais très bien à quoi il s'occupe à cette heure-ci la nuit du vendredi au samedi. Appelle. Allez, appelle-le. Appelle.
DEVID. – Mais, si par hasard, il dort ?
MERYL. – La cocaïne ne fait pas dormir, tu le sais très bien.
DEVID. – Mais d'où tu tiens qu'il est entrain de sniffer de la cocaïne là-maintenent ? Et si par hasard il dormait ?
MERYL. – Les nuit du vendredi au samedi tes amis, se réunissent chez Teddy, fument de la marihuana, sniffent de la cocaïne et parlent de bouddhisme. Appelle-le, Devid. Toute la compagnie est là, tu verras.
DEVID. – Eh bien, je ne sais pas...
MERYL. – Appelle.
DEVID. – Eh bien, d'accord, je vais tenter.

Devid se lève, se dirige vers le téléphone, quand il se met soudain à sonner. Le téléphone sonne. Devid regarde le téléphoneavec étonnement, ensuite il décroche.

DEVID, au téléphone. – Allô. Oui, Teddy. Salut. Moi aussi je suis ravi, j'étais pile sur le point t'appeler... Comment ça ici ? Où ça ? Tu plaisantes, Teddy ? C'est pas possible ?! Eh bien, bien sûr, venez. Oui, tout va bien, je t'assure. Je serai ravi de vous voir. Venez vite. Allez.

Devid raccroche, regarde Meryl.

DEVID. – Tu imagines, quelle coïncidence ?! Ils sont venus d'eux-mêmes. Ils sont déjà en bas, toute la compagnie. Ils sont en train de monter maintenant chez nous.
MERYL. – Eh bien, tu vois, c'est vachement bien. Maintenant, tu ne seras plus seul.
DEVID. – Mais, je n'ai pas envie de les voir. Je ne veux pas de cocaïne, je ne veux pas de bouddhisme, je veux rester seul.
MERYL. – Tu es fatigué d'être seul. Tu as besoin d'un peu de cocaïne, d'un peu de marihuana et un d'un peu de bouddhisme. Et probablement d'une femme. Distrais-toi, Devid. Distrais-toi un peu, cela ne te fera pas de mal. Allez, Devid, allez. Détends-toi.
DEVID. – Parce que tu ne vas pas rester avec nous, Meril ?
MERYL. – Comment ça, Devid, comment je pourrais rester avec vous ? Le fait est que je suis morte il y a trois mois, je n'existe plus. Tu as besoin de t'habituer à cette idée. Tu as besoin d'apprendre à vivre sans moi. Parle avec Teddy de bouddhisme, cela devrait t'aider. Adieu, Devid. Je t'aime.

Meryl sort.




Texte traduit avec le soutien de la Maison Antoine Vitez, Centre international de la traduction théâtrale - Palmarès des aides à la traduction 2017.



henschel Titulaire des droits :
henschel SCHAUSPIEL Theaterverlag Berlin GmbH
Agent de l'auteur pour l'espace francophone :
Gilles MOREL |
 

viripaev

Ivan Viripaev, mars 2016





Personnages

Devid
Meryl
Teddy
Frenk
Sally
Betty
Maximilian
Elizabeth
Lama John
Amis, Parents
et Connaissances de Frenk










dreamworks

création au Théâtre d’Art Moscou
mise en scène Viktor Ryjakov
mai 2016







dreamworks

extrait vidéo
au Théâtre d’Art Moscou
mise en scène Viktor Ryjakov









vitez

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DE LA TRADUCTION FRANCAISE
cote MAV : RUS17D1097




















 

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