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IVAN VIRIPAEV

DREAMWORKS
(version 2022)

traduction Tania Moguilevskaia, Gilles Morel




Extrait du texte

Scène 1

L'appartement de David. Dans le grand salon, David a installé des bibliothèques murales, de grandes fenêtres et de magnifiques meubles anciens. Dans la pièce, David et Meryl.

MERYL. – David ? Tu es là, David ?
DAVID. – Oui, Meryl. Je t'écoute.
MERYL. – Je voudrais parler avec toi. C'est très important. Je peux ?
DAVID. – Mais bien sûr, Meryl. Qu'est-ce qui se passe ?
MERYL. – J'ai peur.
DAVID. – Et de quoi as-tu peur ?
MERYL. – De la mort. De ta mort, David.
DAVID. – De ma mort ? Hum. Étrange. Pourtant, je ne semble pas être sur le point de mourir, Meryl.
MERYL. – Mais tu peux mourir. Chacun de nous peut mourir à n'importe quelle seconde. Tu peux t'étrangler avec la nourriture à notre dîner d'aujourd'hui et mourir.
DAVID. – Tu me proposes de ne pas dîner aujourd'hui ?
MERYL. – Je suis sérieuse, David. Je me sens terrifiée. Je t'aime tant. Je ne peux pas imaginer que tu ne sois plus, qu'un jour je reste sans toi. Je ne peux pas imaginer le monde sans toi. Ma vie sans toi. Je suis tellement triste, David.
DAVID. – Et pour quelle raison as-tu décidé que ce serait précisément moi qui allais mourir le premier, Meryl, sachant que nous avons presque le même âge ?
MERYL. – Je suis ravie que tu puisses plaisanter sur ce sujet, mais je ne suis pas d'humeur à plaisanter. Bien sûr, je voudrais mourir la première et j'espère qu'il en sera ainsi, mais je n'en ai pas la certitude absolue. Je me sens terrifiée. Je ne pourrai pas vivre après toi. Vivre sans toi.
DAVID. – Tu mourras la première, ma chérie, calme-toi. Je suis certain que je te survivrai. Ne t'inquiète pas. MERYL. – Pour quelle raison tu me parles de tout ça ? Pourquoi tu me parles sur un ton aussi ironique ?
DAVID. – Je plaisantais, juste.

Pause.

DAVID. – Qu'est-ce qui t'arrive, Meryl ? Qu'est-ce qui te prend ?
MERYL. – Je suis terrifiée à l'idée que tu meures.
DAVID. – Mais je n'en ai pas l'intention.
MERYL. – En fait, tu n'en sais rien, en fait, tu ne contrôles rien.
DAVID. – Mais pour quelle raison penser à tout ça, Meryl ?
MERYL. – Je n'ai pas envie d'y penser. Mais je ne peux pas l'empêcher. Les pensées sur ta mort se faufilent d'elles-mêmes dans ma tête et je suis très triste, David. Je suis très, très triste David.
DAVID. – Tous les gens meurent, Meryl, et il n'y a rien d'inhabituel à cela. Rien d'étrange à cela.
MERYL. – Mais cela ne me soulage pas. Tes paroles ne me soulagent pas. Je suis si heureuse avec toi. Tu es toute ma vie, tu es tout mon sens. Je ne peux pas me représenter le monde sans toi.
DAVID. – Moi aussi je t'aime, Meryl. Je suis si heureux que tu existes.
MERYL. – Cela arrive si rarement dans le monde, que deux personnes, parviennent à se trouver. Que se rencontrent ceux qui ont précisément été créés l'un pour l'autre. Mais pourquoi ce n'est pas pour toujours, David ? Pourquoi, pas pour toujours ?
DAVID. – Parce que dans ce monde rien n'est pour toujours.
MERYL. – Mais pourquoi ?
Pause. Pendant quelque temps ils restent assis en silence.
MERYL. – Je sais que je dis des absurdités. Pardonne-moi, David. Je ne sais pas ce qui m'a pris. Je ne sais pas moi-même, pourquoi c'est arrivé. Pardonne-moi de t'avoir inquiété.
DAVID. – Mais qu'est-ce que tu dis, Meryl ? Viens. Je t'aime.
MERYL. – Et moi je t'aime.
DAVID. – Viens, Meryl.

Pause.

DAVID. – Viens, Meryl.

Pause.

DAVID. – Meryl, tu es où ?
MERYL. – Je suis là, David. DAVID. – Pourquoi tu ne viens pas ?
MERYL. – Je suis déjà avec toi, David.
DAVID. – Pourquoi tu ne viens pas plus près ? Pourquoi tu ne veux pas que je te serre contre moi ?

Pause.

DAVID. – Meryl ?
MERYL. – Oui, David.
DAVID. – Pourquoi tu ne viens pas, Meryl ?
MERYL. – Tu sais pourquoi.v DAVID. – Pourquoi ?
MERYL. – Tu le sais, David.
DAVID. – Parce que tu n'es plus parmi les vivants, c'est ça ?
MERYL. – C'est ça.
DAVID. – Parce que je parle à un fantôme, c'est ça ?
MERYL. – Tu ne parles à personne, David, tu penses simplement tout cela. Cela se passe dans ton imagination.
DAVID. – Mais tout cela est si net. Comme si j'entendais ta voix. Je te vois. Je parle avec toi. Tu me réponds. C'est toi qui as commencé la conversation avec moi. Tout cela est si net, si réel.
MERYL. – Mais tu sais que c'est irréel, David.
DAVID. – Tu n'es plus parmi les vivants, Meryl, c'est ça ?
MERYL. – Bien sûr, tu le sais très bien.
DAVID. – Mais, c'est toi qui as commencé à me parler aujourd'hui.
MERYL. – Personne n'a parlé à personne, David, tout cela se passe dans ton imagination.
DAVID. – Tu veux dire que maintenant personne ne parle à personne ? Tu veux dire que maintenant je suis assis en me taisant ? Que maintenant je me tais ?

Longue pause.

DAVID. – Meryl. Tu es encore là ?
MERYL. – Je suis toujours là quand tu penses à moi.
DAVID. – Je pense toujours à toi. Depuis l'instant de ta mort, je pense toujours à toi.
MERYL. – Je sais. Mais il me semble que ces pensées te fatiguent trop. Il faut que tu arrêtes, de penser à moi autant, tu as besoin de te reposer de moi. Tu as besoin de revenir, dans le monde qui t'entoure, dans le monde réel.
DAVID. – Mais je ne peux pas, Meryl. Quand tu es morte, le monde est mort avec toi.
MERYL. – Tu as besoin d'apprendre à vivre sans moi, David. Puisque de toute façon on ne peut rien changer et qu'il est impossible de me faire revenir.
DAVID. – Pourquoi ?
MERYL. – Parce que dans ce monde, rien n'arrive pour toujours.
DAVID. – Pourquoi ?
Pause. Pendant un certain temps, ils restent assis et se taisent.
DAVID. – Je sais que je dis des absurdités, pardonne-moi. Je supporte difficilement ton départ, Meryl. Ma vie a perdu tout son sens. Rien ne m'aide. Avec toi, j'ai tout perdu. Tout. Tout mon monde.
MERYL. – Tu as besoin de continuer à vivre, David. Vivre avec la mémoire de moi. Mais sans moi.
DAVID. – Mais depuis que je t'ai rencontrée, il y a quinze ans, depuis, je n'ai jamais plus imaginé le monde sans toi. Le monde et toi, c'est pour moi une seule et même chose. Une seule.
MERYL. – Vis avec la mémoire de moi. Mais continue à vivre.
DAVID. – D'accord Meryl. Je vais essayer.
MERYL. – Tu restes trop souvent seul à me parler à haute voix. Tu as besoin de te distraire, de sortir quelque part avec des amis. Appelle Teddy, demande-lui de t'inviter chez lui, va dans sa maison de campagne. Fumes-y un peu de marihuana, bavarde à propos des femmes et du bouddhisme, bois un bon coup et pleure devant eux.
DAVID. – D'accord Meryl. Je vais tenter. Je vais appeler, Teddy.
MERYL. – Et pourquoi ne pas appeler là maintenant.
DAVID. – Là maintenant ? À quoi bon ? Je peux le faire demain, là maintenant, il est probablement, déjà trop tard ?
MERYL. – A quoi bon reporter ? Là maintenant, il n'est pas encore tard. Quelle heure est-il ? Regarde ta montre à ton poignet.

David regarde sa montre.

DAVID. – Minuit et demi. Il est trop tard.
MERYL. – Pour Teddy ? Arrête, tu sais très bien à quoi il s'occupe la nuit du vendredi au samedi à cette heure-ci. Appelle. Allez, appelle-le. Appelle.
DAVID. – Mais, si par hasard, il dormait ?
MERYL. – La cocaïne ne fait pas dormir, tu le sais très bien.
DAVID. – Mais d'où tu tiens qu'il est en train de sniffer de la cocaïne là maintenant ? Et si par hasard il dormait ?
MERYL. – Les nuits du vendredi au samedi tes amis, se réunissent chez Teddy, ils fument de la marihuana, ils sniffent de la cocaïne et ils parlent de bouddhisme. Appelle-le, David. Toute la compagnie est là-bas, tu verras.

DAVID. – Eh bien, je ne sais pas...
MERYL. – Appelle.
DAVID. – Eh bien, d'accord, je vais tenter.

David se lève, se dirige vers le téléphone, quand il se met soudain à sonner. Le téléphone sonne.
David regarde le téléphone avec étonnement, ensuite il décroche.


DAVID, au téléphone. – Allô. Oui, Teddy. Salut. Moi aussi je suis ravi, j'étais pile sur le point t'appeler... Comment ça ici ? Où ça ? Tu plaisantes, Teddy ? C'est pas possible ?! Eh bien, bien sûr, venez. Oui, tout va bien, je t'assure. Je serai ravi de vous voir. Venez vite. Allez.

David raccroche, regarde Meryl.

DAVID. – Tu imagines, quelle coïncidence ?! Ils sont venus d'eux-mêmes. Ils sont déjà en bas, toute la compagnie. Ils sont en train de monter maintenant chez nous.
MERYL. – Eh bien, tu vois, c'est vachement bien. Maintenant, tu ne seras plus seul.
DAVID. – Mais, je n'ai pas envie de les voir. Je ne veux pas de cocaïne, je ne veux pas de bouddhisme, je veux rester seul.
MERYL. – Tu es fatigué d'être seul. Tu as besoin d'un peu de cocaïne, d'un peu de marihuana et d'un peu de bouddhisme. Et probablement d'une femme. Distrais-toi, David. Distrais-toi un peu, cela ne te fera pas de mal. Allez, David, allez. Détends-toi.
DAVID. – Parce que tu ne vas pas rester avec nous, Meryl ?
MERYL. – Comment ça, David, comment je pourrais rester avec vous ? Le fait est que je suis morte il y a trois mois, je n'existe plus. Tu dois t'habituer à cette idée. Tu dois apprendre à vivre sans moi. Parle avec Teddy de bouddhisme, cela devrait t'aider. Adieu, David. Je t'aime.

Meryl disparaît.




Une première version (écrite en 2012) a été traduite avec le soutien du Centre international de la traduction théâtrale - Palmarès des aides à la traduction 2017.



henschel Titulaire des droits :
henschel SCHAUSPIEL Theaterverlag Berlin GmbH
Agent de l'auteur pour l'espace francophone :
|  Gilles MOREL |
 

viripaev

Ivan Viripaev, mars 2016





Pièce de théâtre parodiant
les films hollywoodiens




Note de l'auteur : « Voici la deuxième
version de la pièce. La première a été écrite par Ivan Viripaev en 2012,
et celle-ci par le même Ivan Viripaev
en 2022. Au cours de ces dix années, l'évolution n'a pas été vaine ;
elle a agi non seulement sur mon corps,
le faisant vieillir, mais aussi sur mes
valeurs, les rendant plus humaines.
La transformation du singe en humain
est un long processus, et rares sont ceux qui y parviennent en une seule vie.
J'espère sincèrement qu'au fil des
années, je me suis rapproché,
ne serait-ce qu'un peu, de cette forme
de vie qui peuple la planète et que l'on
appelle l'Humanité. Par conséquent,
si vous êtes intéressé par cette pièce
écrite il y a dix ans (en 2012), je vous recommande de lire et de jouer cette nouvelle version, créée par l'auteur
en 2022. » – Ivan Viripaev





Personnages

David
Meryl
Teddy
Frank
Sally
Betty
Maximilian
Elizabeth
Lama John
Amis, Parents
et Connaissances de Frank










dreamworks

création au Théâtre d’Art Moscou
mise en scène Viktor Ryjakov
mai 2016







dreamworks

extrait vidéo
au Théâtre d’Art Moscou
mise en scène Viktor Ryjakov













































vitez

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DE LA TRADUCTION FRANCAISE

 

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